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Tuesday, March 19, 2013

LA COLÈRE D’UNE PETITE MORTE


Demain encore, dès le lever du soleil,

je retrouverai 

des piqûres d’abeilles sur ma poitrine
des serpenteaux humides entre mes jambes
des boucles de cheveux dans le lavabo
mes lunettes jetées au puits desséché
mes boîtes de bijoux vides
les hauts talons de mes chaussures cassés
mes sous-vêtements usés et déplacés
des épingles parmi les dents de peigne
l’encre au lieu du dentifrice
chez moi;
les tiroirs saccagés
des chauves-souris affamées derrière les rideaux
du sang giclé sur les murs des placards
des vieilles boîtes fermées à clé
des photos de morts inconnus dans l’album familial
des blattes crevées autour de la poubelle
des lettres illisibles dans des bouteilles hermétiquement bouchées
les plantes enracinées et ses bourgeons extirpés
les pots de confiture vidés
l’eau vaseuse en train de bouillonner sur la poêle
un tricycle d’enfant rouillé dans le garage
des dents arrachés dans la soupe
des petits ongles coupés étalés sur le divan
des tessons de verres sous le lit,
un poisson pourri sur l’oreiller

et enfin, je la retrouverai elle,
morte avant de naître,
chez elle,
à l’intérieur du placard de ma chambre à coucher
fière encore de m’avoir enchaînée,
avant qu’elle ne me jette du haut de la falaise dans mon rêve,
je ne sais combien de fois. 

Tuesday, March 6, 2012

UNE HISTOIRE D’ADOPTION


Le soleil du mars,

la mère aguichante,

m’a adoptée.

Son eunuque

m’a emmenée

à sa chambre à coucher où

une lumière rouge clignotait

et une odeur humide échauffait la gorge.

J’étais seule

quand le linge blanc de son lit

se fermait sur les seins.

Thursday, March 1, 2012

MES ANGES


« Je ne suis pas un ange », je dis à mes anges. Et je raconte :

J’ai mangé beaucoup de Chair, Œufs, Poissons.

J’ai bu beaucoup du lait de maman vache. Et que je ne suis pas un veau.

J’ai fait pleurer ma mère, mon père, mes amoureux, mon mari.

J’ai étranglé l’espoir dès que je l’ai empoigné.

J’ai pris la liberté de mes chats.

J’ai donné la peine aux terres vierges où j’ai mis mes pieds.

J’ai fixé mes yeux aux nids cachés des oiseaux,

dans les forêts oubliés.

Mon souffle qui monte au ciel n’est jamais bleu.

Mon haleine n’est pas faite de fleur.

À la naissance,

J’ai déchiré ma mère.

Je suis née dans son sang.

Je raconte et je raconte…

Mais mes anges

battent des ailes à la folie

dès que j’ouvre ma bouche.

Le fumet de ses ailes me donne l’appétit.